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Loi Beckham en Espagne 2026 : le régime fiscal des impatriés à taux fixe

Mis à jour en août 2026Par Sébastien Doat ·

La loi Beckham est le surnom du régime fiscal espagnol des impatriés — officiellement, le « régimen especial » de l'article 93 de la loi sur l'IRPF. Son principe : pendant 6 ans, un nouveau résident espagnol est imposé selon les règles des non-résidents, à un taux fixe de 24 % sur ses revenus du travail de source espagnole, au lieu du barème progressif qui culmine à 47 %. Ses revenus de source étrangère restent, pour l'essentiel, hors du champ de l'impôt espagnol. Ce guide détaille les conditions en vigueur en 2026, la procédure de demande, les simulations chiffrées et les limites du régime.

Loi Beckham en Espagne : le régime fiscal des impatriés à taux fixe de 24 %
24 %
taux fixe IRPF
6 ans
durée du régime
600 k€
plafond au taux de 24 %
6 mois
délai Modelo 149

Qu'est-ce que la loi Beckham ?

Le régime a été créé en 2004 pour attirer les cadres internationaux. Il doit son surnom à David Beckham, l'un de ses premiers bénéficiaires célèbres lors de son arrivée au Real Madrid — les sportifs professionnels en sont depuis exclus, mais le nom est resté.

Juridiquement, le mécanisme est subtil : le bénéficiaire reste contribuable de l'IRPF (l'impôt espagnol sur le revenu des personnes physiques), mais il est taxé selon les règles de l'impôt des non-résidents (IRNR). Deux conséquences concrètes découlent de ce statut hybride.

Première conséquence : l'intégralité des revenus du travail est réputée de source espagnole, même la partie éventuellement réalisée à l'étranger. Ils sont taxés au taux fixe, point. Deuxième conséquence : tout ce qui n'est pas du revenu du travail et qui provient de l'étranger — dividendes de vos participations françaises, intérêts, loyers d'un bien resté en France, plus-values mobilières — n'est pas imposé en Espagne. C'est là que se joue l'essentiel de l'économie pour un dirigeant qui conserve des actifs en France.

La réforme entrée en vigueur en janvier 2023 (loi 28/2022, dite « loi Startups », complétée par le décret RD 1008/2023) a élargi le dispositif, renommé pour l'occasion « régime des travailleurs, professionnels, entrepreneurs et investisseurs déplacés ». Nous y revenons plus bas.

Le taux de 24 % : ce qui est taxé, ce qui ne l'est pas

Type de revenuSous la loi Beckham
Salaires et revenus du travail (source espagnole)24 % jusqu'à 600 000 €, 47 % au-delà
Revenus du capital de source espagnole (dividendes, intérêts, plus-values)Barème de l'épargne des non-résidents : 19 % à 28 % selon les tranches
Revenus de source étrangère (hors travail)Non imposés en Espagne
Impôt sur le patrimoineUniquement sur les biens situés en Espagne
Modelo 720 (déclaration des biens à l'étranger)Non obligatoire pour le bénéficiaire (consulta DGT V0092/2014)

Deux points de cette table méritent un éclairage, car ils sont mal traités dans la plupart des publications en ligne.

Le Modelo 720 n'est pas dû sous régime Beckham

Contrairement à une idée répandue — y compris sur certains sites de conseil — le bénéficiaire du régime n'est pas tenu de déclarer ses biens à l'étranger via le Modelo 720. La Direction générale des impôts l'a confirmé par consultation contraignante (V0092/2014) : l'obligation ne vise que les contribuables imposés sur leur revenu mondial, ce qui n'est pas le cas des impatriés. Attention toutefois : le conjoint installé en Espagne comme résident fiscal classique, lui, reste soumis à l'obligation. Et l'exemption cesse dès la sortie du régime.

Sur les revenus du travail : le taux de 24 % s'applique sans abattements ni réductions. Le régime ordinaire, lui, prévoit un minimum personnel et familial et diverses réductions — c'est pourquoi le Beckham n'est pas avantageux à tous les niveaux de revenus, comme le montre la simulation ci-dessous.

IRPF classique ou loi Beckham : le calcul, salaire par salaire

Simulation d'impôt sous la loi Beckham : taux fixe de 24 % contre barème progressif de l'IRPF

En régime ordinaire, le barème de l'IRPF espagnol est progressif : 19 % sur les premiers euros, puis 24 %, 30 %, 37 %, 45 %, et 47 % au-delà de 300 000 € (tranche étatique + autonomique). Sous Beckham, chaque euro de salaire est taxé à 24 %, dès le premier euro.

Le point d'équilibre se situe autour de 66 000 € de salaire brut annuel. En dessous, le taux effectif de l'IRPF ordinaire est inférieur à 24 % : le régime spécial vous coûterait plus cher qu'il ne vous fait économiser. Au-dessus, l'écart se creuse vite :

Salaire brut annuelIRPF ordinaire (estimation)Loi BeckhamÉconomie annuelle
60 000 €~14 500 €14 400 €≈ 0 € (point mort)
80 000 €~21 000 €19 200 €~2 000 €
120 000 €~36 000 €28 800 €~7 000 €
150 000 €~51 000 €36 000 €~15 000 €

Ces montants sont des ordres de grandeur calculés pour un célibataire sans enfant, hors cotisations sociales (qui restent identiques dans les deux régimes : environ 6,35 % côté salarié). Le résultat exact dépend de votre communauté autonome et de votre situation familiale. Pour un calcul appliqué à votre propre salaire, consultez notre article dédié : la simulation de l'économie d'impôt sous la loi Beckham, salaire par salaire.

L'économie ne se limite d'ailleurs pas au salaire : pour un dirigeant qui perçoit des dividendes ou des plus-values de source française, l'exonération espagnole des revenus étrangers pèse souvent plus lourd que le taux fixe lui-même. C'est aussi ce qui rend le régime incompatible avec certaines situations — voir les limites plus bas.

Conditions d'éligibilité en 2026

Trois conditions cumulatives, sans exception :

  1. Non-résidence préalable. Vous ne devez pas avoir été résident fiscal en Espagne au cours des 5 années fiscales précédant votre installation. Ce délai était de 10 ans avant la réforme de 2023. Pour un Français qui n'a jamais vécu en Espagne, la condition est remplie par défaut — mais un séjour espagnol ancien, même court, peut tout bloquer.
  2. Un motif professionnel admis. Contrat de travail avec une entreprise espagnole, mutation intra-groupe, nomination comme administrateur d'une société espagnole (hors société patrimoniale détenue à 25 % ou plus), télétravail international sous visa nomade digital, ou entrepreneuriat dans une startup certifiée.
  3. Une demande dans les délais. L'option doit être exercée via le Modelo 149 dans les 6 mois suivant l'inscription à la Sécurité sociale espagnole (ou le début effectif de l'activité). Ce délai est impératif : passé ce point, le régime est perdu pour toute la période concernée.

Qui est éligible, qui ne l'est pas — l'état du droit en 2026 :

ProfilÉligible ?
Salarié sous contrat espagnol ou détaché en EspagneÉligibleCas principal
Administrateur de société espagnoleÉligibleHors société patrimoniale détenue à 25 % ou plus
Titulaire du visa nomade digital (salarié d'une entreprise étrangère)ÉligibleDepuis la loi Startups 2023
Entrepreneur d'une startup certifiée ENISAÉligibleDepuis 2023
Professionnel hautement qualifié ou chercheur R&D (visas art. 71-72, loi 14/2013)ÉligibleDepuis 2023
Conjoint et enfants de moins de 25 ans du bénéficiaireÉligibleInstallation simultanée, revenus inférieurs à ceux du bénéficiaire principal
Autónomo « classique » (freelance facturant des clients espagnols)ExcluLa DGT refuse systématiquement (consultas V2329-08, V2515-15, V1289-20) : il faut une relation de subordination
Sportif professionnelExcluExclu depuis 2015
Ancien résident fiscal espagnol (moins de 5 ans)ExcluCondition de non-résidence non remplie

Le cas des freelances mérite un mot de prudence : la tentation est grande de se structurer en « faux salarié » pour entrer dans le régime. L'administration et les tribunaux espagnols regardent la réalité de la relation — qui fixe les horaires, qui fournit les outils, qui porte le risque économique — et requalifient sans ménagement. Si vous êtes indépendant, les voies légitimes sont la certification ENISA ou le visa nomade digital, pas le montage contractuel.

Pour tester votre situation point par point, nous avons publié une checklist complète : les conditions d'éligibilité à la loi Beckham.

Ce que la réforme 2023 a changé

La loi 28/2022 de promotion de l'écosystème des entreprises émergentes — la « loi Startups » — a modernisé le régime sur quatre points :

  • Le délai de non-résidence passe de 10 à 5 ans. C'est le changement le plus concret pour les Français : un ancien séjour en Espagne est désormais « effacé » au bout de 5 ans.
  • Les télétravailleurs internationaux entrent dans le dispositif, via le visa nomade digital. Conditions principales : travailler pour une entreprise étrangère, justifier d'environ 2 600 € de revenus mensuels (200 % du salaire minimum interprofessionnel) ; une activité pour des clients espagnols est tolérée dans la limite de 20 % du total.
  • Les entrepreneurs et professionnels qualifiés (startup certifiée ENISA, R&D, visas des articles 71 et 72 de la loi 14/2013) deviennent éligibles, y compris sans contrat de travail classique.
  • Le régime s'étend à la famille : le conjoint et les enfants de moins de 25 ans (ou en situation de handicap, sans limite d'âge) peuvent opter pour le régime s'ils s'installent en même temps que le bénéficiaire principal ou avant la fin de la première année fiscale, et si leurs revenus restent inférieurs aux siens. Ils bénéficient alors des mêmes règles, exonération du Modelo 720 comprise.

La demande étape par étape (Modelo 149, Modelo 151)

La procédure se déroule entièrement auprès de l'AEAT, l'agence fiscale espagnole. Elle supporte mal l'approximation : une erreur de délai ou de pièce ne se répare pas.

  1. 1
    Avant ou dès l'arrivée

    Obtenir le NIE, s'inscrire au censo fiscal (Modelo 030), puis à la Sécurité sociale espagnole. C'est cette dernière date qui fait courir le délai de 6 mois.

  2. 2
    Constituer le dossier

    Contrat de travail (ou lettre de détachement, visa, certification ENISA selon le cas), justificatif de non-résidence en Espagne sur les 5 années précédentes — en pratique, un certificat de résidence fiscale française délivré par la DGFiP fait foi.

  3. 3
    Déposer le Modelo 149
    Délai impératif — 6 mois

    Par voie électronique sur le site de l'AEAT. C'est le seul formulaire qui vaut option ; sans lui, vous êtes imposé au régime ordinaire même si vous remplissez toutes les conditions de fond.

  4. 4
    Attendre la résolution

    L'AEAT dispose théoriquement de 10 jours ouvrés ; comptez plutôt 1 à 2 mois en pratique, et répondez vite à toute demande de complément.

  5. 5
    Une fois le régime accordé

    L'employeur applique une retenue à la source de 24 % sur la paie. Chaque année, vous déclarez via le Modelo 151 (campagne d'avril à juin) à la place du Modelo 100 des résidents ordinaires.

FormulaireObjetÉchéance
Modelo 030Inscription au censo fiscalÀ l'arrivée
Modelo 149Option pour le régimeSous 6 mois — impératif
Modelo 151Déclaration annuelleAvril-juin, chaque année du régime
Modelo 720Biens à l'étrangerNon applicable au bénéficiaire (voir plus haut)

Les limites du régime — ce que la loi Beckham ne permet pas

L'option est irrévocable

Une fois accordée — ou refusée — impossible de revenir en arrière pour la même période. Le taux fixe fait rêver, mais le régime a un revers qu'il faut mesurer avant d'opter.

  • Aucune déduction ni réduction de l'IRPF ordinaire : ni minimum personnel et familial, ni réduction pour cotisations retraite, ni abattements autonomiques. C'est la contrepartie du taux fixe, et la raison pour laquelle le régime est perdant sous ~66 000 € de revenus.
  • Pas de protection conventionnelle. Pendant la durée du régime, vous n'êtes pas considéré comme résident fiscal espagnol au sens des conventions fiscales internationales. Si l'autre État vous taxe aussi, vous ne pouvez pas invoquer la convention franco-espagnole contre les doubles impositions pour vous en dégager. Sur les revenus du travail détaché ou les pensions, cette absence de filet peut créer de vraies doubles impositions — à analyser avant de signer.
  • Les indemnités de licenciement ne sont pas exonérées, contrairement au régime ordinaire qui les exonère dans certaines limites.
  • L'impôt sur le patrimoine reste dû sur les biens espagnols (seul le patrimoine étranger est hors champ), et l'impôt sur les successions et donations n'est pas concerné par le régime.

Le régime se perd

Départ d'Espagne avant la fin des 6 ans, cessation du contrat qui a justifié l'option, non-respect d'une condition en cours de période : le régime cesse à partir de l'année du fait générateur. Les années passées ne sont pas remises en cause, mais la sortie anticipée gâche souvent la stratégie patrimoniale construite autour.

Après les 6 ans : anticiper la sortie de régime

Au terme de la sixième année fiscale, vous basculez automatiquement dans l'IRPF ordinaire, sans formalité ni possibilité de renouvellement. La bascule est brutale pour les hauts revenus : retour au barème progressif, imposition des revenus mondiaux, obligation du Modelo 720, déductions à reconstruire.

La bonne pratique consiste à préparer cette sortie dès la quatrième année : restructuration éventuelle des revenus du capital, utilisation des enveloppes de réduction (plans de pension, dans leurs limites), arbitrage sur la résidence si votre situation professionnelle a changé. Vos droits sociaux accumulés pendant la période — retraite, chômage, santé — restent intégralement acquis ; seul le mode d'imposition change.

Structurer votre installation : l'accompagnement Iter Advisors

La loi Beckham ne se décide pas sur un taux affiché : elle s'arbitre en fonction de vos revenus français conservés, de votre statut (salarié, administrateur, entrepreneur), de la convention fiscale et du calendrier de votre installation. C'est exactement le type de structuration fiscale et sociale que nos DAF externalisés à Barcelone pilotent pour les dirigeants français qui s'installent en Espagne — en coordination avec les fiscalistes locaux lorsque le dossier le demande.

Pour aller plus loin sur la fiscalité franco-espagnole : le hub Fiscalité Espagne-France — résidence fiscale, IRPF, double imposition, Modelo 720.

Questions fréquentes sur la loi Beckham

Quel est le taux d'imposition de la loi Beckham ?

Les revenus du travail de source espagnole sont taxés à un taux fixe de 24 % jusqu'à 600 000 € par an, puis à 47 % au-delà. Les revenus du capital de source espagnole suivent le barème de l'épargne des non-résidents (19 % à 28 %). Les revenus étrangers hors travail ne sont pas imposés en Espagne.

Qui peut bénéficier de la loi Beckham en 2026 ?

Toute personne non résidente fiscale espagnole dans les 5 années précédentes qui s'installe en Espagne pour travailler : salarié sous contrat espagnol, détaché, administrateur de société, télétravailleur sous visa nomade digital, entrepreneur de startup certifiée ENISA ou professionnel hautement qualifié. Les autónomos classiques et les sportifs professionnels sont exclus.

Un freelance peut-il bénéficier de la loi Beckham ?

Pas en tant qu'indépendant classique : la DGT exige une relation de subordination et rejette les autónomos qui facturent des clients espagnols. Depuis 2023, deux voies existent : le visa nomade digital pour les salariés d'entreprises étrangères, et la certification ENISA pour les entrepreneurs de startups innovantes.

Quel est le délai pour demander le régime Beckham ?

Six mois à compter de l'inscription à la Sécurité sociale espagnole, pour déposer le Modelo 149 auprès de l'AEAT. Le délai est impératif : passé ce point, le régime est perdu pour toute la période.

Combien de temps dure le régime Beckham ?

L'année fiscale d'arrivée plus les cinq années suivantes, soit 6 ans au total, sans renouvellement possible. Au terme, bascule automatique dans l'IRPF ordinaire. Le régime peut aussi se perdre en cours de route (départ, cessation du contrat justificatif).

Faut-il déclarer le Modelo 720 sous la loi Beckham ?

Non pour le bénéficiaire principal (consulta vinculante DGT V0092/2014), car l'impatrié n'est pas imposé sur son revenu mondial. Le conjoint résident fiscal ordinaire reste tenu à l'obligation, et l'exemption cesse à la sortie du régime.

À partir de quel salaire la loi Beckham est-elle avantageuse ?

Autour de 66 000 € de salaire brut annuel. En dessous, l'IRPF ordinaire coûte moins cher que le taux fixe de 24 %. À 80 000 €, l'économie est d'environ 2 000 € par an ; à 150 000 €, de l'ordre de 15 000 € par an selon la communauté autonome et la situation familiale.

Que se passe-t-il si je quitte l'Espagne avant la fin des 6 ans ?

Le régime cesse à compter de l'année fiscale du départ, sans régularisation rétroactive des années écoulées. En cas de départ définitif, vous relevez ensuite du régime des non-résidents (IRNR) pour vos revenus de source espagnole éventuels.

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